Le Canada et l'Australie : deux démocraties bâties sur des ressources abondantes, une biodiversité extraordinaire et une science de calibre mondial, dont la prospérité repose en grande partie sur les mines, le pétrole et le gaz. Tous deux sont d'importants exportateurs de combustibles fossiles dont le modèle économique est incompatible avec un climat stable, et tous deux vivent les conséquences par des feux de brousse, des inondations et des sécheresses de plus en plus graves. Autrement dit, c'est le même pays portant des chapeaux différents.

Alors que la sénatrice Rosa Galvez se prépare pour le Sommet sur l'intégrité climatique à Sydney, elle confie être frappée moins par la distance entre les deux pays que par tout ce qu'ils ont en commun. Tous deux font face à la même question déterminante : comment sortir des combustibles fossiles sans sacrifier la prospérité ni la nature ? Une question posée à peu près chaque année depuis 1992, et dont la réponse est invariablement « oui, absolument, juste après ce prochain projet minier ».

Nos systèmes politiques diffèrent, mais les Australiens se posent les mêmes questions que les Canadiens : des jeunes qui veulent que les actes correspondent aux promesses, des communautés autochtones qui réclament une véritable reconnaissance de leurs droits, des scientifiques qui alertent sur les points de basculement, et des entreprises qui reconnaissent que l'économie de demain récompensera l'innovation plutôt que la dépendance aux technologies d'hier. C'est une vaste coalition de tout le monde, sauf, apparemment, des gens qui prennent réellement les décisions.

Le défi auquel les deux pays font face n'est pas technologique. Il est de gouvernance.

Le Canada et l'Australie se sont concentrés sur la réduction des émissions provenant des combustibles fossiles tout en évitant la conversation plus difficile sur la réduction de notre dépendance à leur égard. Cette distinction compte. Elle détermine si nous gérons un déclin ou si nous transformons véritablement nos économies. Le monde se tourne déjà vers les énergies renouvelables. L'Australie a amorcé ce virage ; le Canada est en retard. Développer les renouvelables tout en continuant d'étendre les combustibles fossiles n'est pas une transition, c'est une addition. Chaque tonne supplémentaire de gaz à effet de serre réchauffe la planète, peu importe le degré de sophistication de notre comptabilité.

Ce débat est particulièrement vif en Australie en ce moment. Le Parlement examine des réformes du Mécanisme de sauvegarde, le principal cadre d'émissions industrielles du pays. La question centrale : les grands émetteurs devraient-ils satisfaire à leurs obligations en achetant des compensations carbone plutôt qu'en réduisant leurs émissions sur place ? Une question qui revient à demander si vous devriez payer quelqu'un d'autre pour aller à la salle de sport à votre place.

Le Canada a connu des débats quasi identiques sur le captage du carbone et les marchés de compensations. Selon Galvez, dont l'avis est façonné par la science plutôt que par l'idéologie, les compensations et le captage du carbone ont un rôle limité, réservé aux émissions véritablement difficiles à réduire. Ils ne devraient jamais servir d'excuse pour retarder la transformation que la science nous dit inévitable. Ce qui est une façon polie de dire qu'ils devraient être le dessert, pas le repas entier.

L'intégrité climatique, c'est être honnête sur l'écart entre les émissions réduites sur papier et les émissions réduites dans l'atmosphère. La recherche remet de plus en plus en question la réalité de l'additionnalité des crédits de compensation, ou si les acheteurs décarbonent plus rapidement que ceux qui n'en achètent pas. Si les compensations restent moins chères que l'innovation, nous récompensons le statu quo. Les feux de forêt canadiens ont montré, de manière crue, que les forêts ne sont pas des puits de carbone permanents. Ce sont, s'avère-t-il, des puits assez temporaires, et ils font un excellent petit bois d'allumage.

La finance est un autre domaine de convergence. L'Australie a introduit une taxonomie de finance durable fondée sur la science, orientant les investissements vers des activités à zéro émission nette. Le Canada a poursuivi des divulgations climatiques obligatoires et, par le biais de la Loi sur la finance alignée sur le climat proposée par Galvez, elle cherche à aligner les marchés financiers sur nos engagements climatiques. La question n'est plus de savoir si la finance doit soutenir la transition, mais si les politiques continuent de favoriser les industries d'hier. Le débat canadien sur sa propre taxonomie montre à quel point ces choix restent difficiles : la finance durable ne fonctionne que lorsqu'elle reflète la science, et non un compromis politique.

Le climat ne peut être séparé de la perte de biodiversité, des inégalités ou de la réconciliation.