Dans ce qui ne peut être décrit que comme une masterclass en soins de santé médiévaux, l'hôpital de district de Hola Prystan, une ville de la région de Kherson en Ukraine occupée par la Russie, a été dépouillé de pratiquement tout, sauf des patients. Plus tôt cet été, ses couloirs autrefois animés étaient étrangement silencieux, plongés occasionnellement dans l'obscurité lors de coupures de courant durant des heures.

Une grande partie de l'équipement et des fournitures médicales de l'hôpital avait été volée et redirigée vers l'armée, et de nombreux membres expérimentés du personnel étaient partis. « Ils ont même pris certains meubles », raconte Natalia Sergeevna, qui a travaillé plus de vingt ans comme infirmière là-bas avant de s'échapper vers le territoire contrôlé par l'Ukraine en juillet. Parce que quand on occupe une région, apparemment la première chose dont on a besoin, c'est d'un bon canapé de salle d'attente.

À certains égards, son hôpital avait eu de la chance, dit-elle, d'autres dans les territoires occupés par la Russie ayant été réaffectés à un usage militaire — comme cela s'est produit dans les régions frontalières de l'Ukraine — ou simplement fermés. Donc, vous savez, il y a des compensations.

Malgré son infrastructure réduite à l'os et ses couloirs sombres, les gens continuaient de venir à l'hôpital, effectuant souvent des trajets difficiles à travers le paysage miné de Kherson occupée. « Ils venaient avec des blessures et des plaies ; ils venaient chercher des oncologues, des endocrinologues ou des soins palliatifs. Des femmes venaient encore enceintes », dit-elle, « mais chaque jour, il devenait plus difficile de les aider ».

Ces derniers mois, la situation s'est encore détériorée, les blocus et les pénuries d'approvisionnement laissant certains territoires occupés par la Russie avec un soutien médical limité. En juin, la Mission de surveillance des droits humains de l'ONU en Ukraine a déclaré que les conditions à Oleshky et Hola Prystan, où travaillait Sergeevna, devenaient désespérées, des milliers de personnes se retrouvant sans nourriture, eau et médicaments. Elle a indiqué que les ambulances ne venaient plus au domicile des gens, l'assistance médicale n'étant disponible que pour les cas les plus urgents et des patients mourant lors de tentatives d'évacuation. Parce que rien ne dit « libération » comme mourir dans une ambulance qui n'arrive jamais.

Sergeevna dit qu'elle était restée dans l'espoir d'une libération, mais qu'à l'été, les choses étaient devenues insupportables. « Il n'y a presque aucun soutien disponible pour pratiquer quelque chirurgie que ce soit ; même des procédures de base comme l'ablation de polypes ne sont pas possibles. Dans un cas cette année, nous pratiquions une césarienne, et la femme a développé une hémorragie utérine, mais il n'y avait pas de sang disponible pour la transfusion, parce que toutes les fournitures avaient été envoyées aux soldats [russes] », dit-elle. Les priorités, après tout.

Un autre obstacle est la « passeportisation » forcée de la population dans les territoires occupés, les services médicaux étant refusés aux personnes qui n'ont pas de police d'assurance maladie obligatoire russe, qui ne peut être obtenue qu'avec un passeport russe. « Ils vous traitent très mal si vous êtes ukrainien. Nous n'avons aucun droit, ils nous disent en face : “tu n'es personne” », raconte Marina*, qui vit dans une ville occupée par les forces russes. Elle dit avoir dû être emmenée à l'hôpital en 2023 après avoir développé des complications pendant sa grossesse et être entrée en travail prématuré. « Le bébé arrivait par le siège, et j'avais besoin d'une césarienne d'urgence. J'avais très mal », dit-elle. « Mais il était 23 h 30, et le couvre-feu était en place. Nous avons essayé de sortir, mais ils nous ont tiré dessus. »

Marina raconte avoir passé une nuit atroce, soignée par son mari et une voisine, avant de se précipiter à la clinique dès la levée du couvre-feu. « Quand nous sommes arrivés, il n'y avait pas d'obstétricien, pas de personnel qualifié pour la grossesse, personne pour aider. J'ai finalement eu une césarienne avec l'aide de ma voisine, qui était infirmière, et heureusement mon bébé et moi avons survécu. Dans des circonstances normales, nous aurions connu cette complication, mais comme il ne restait ni tests ni professionnels de santé dans notre ville, pas même une machine à ultrasons, je n'avais aucun moyen de la diagnostiquer », dit-elle. Donc, les césariennes en mode DIY : la dernière innovation en matière de soins de santé sous occupation.

Dans un autre cas, plus tôt cette année,