L'été dernier, le phénomène du tennis français Arthur Fils était dans le creux de la vague. Un ami lui a envoyé une chanson du rappeur La Rvfleuze qui le citait dans le refrain - "Arthur Fils, j'fais du grah sur le court" - comparant son bruit sur le court à celui du rappeur. L'ironie ? La carrière de Fils était rythmée par le silence : une fracture de stress au dos l'a éloigné des courts pendant huit mois, entre son retrait de Roland-Garros en mai dernier et son retour en février. À 21 ans, Fils est l'un des rares joueurs à avoir des ambitions réalistes de défier Jannik Sinner et Carlos Alcaraz, mais pendant un moment, la seule personne qui ne paniquait pas, c'était lui. "Maintenant [mes entraîneurs] sont très cool aussi parce qu'ils voient que je peux jouer du bon tennis et que je suis toujours là", dit-il, rayonnant du charisme extraverti qui le rend enclin aux poings levés théâtraux et, dans sa jeunesse, aux crises de rage avec raquette cassée.
La maturité a apporté la maîtrise de soi, mais Fils compte toujours sur son équipe - comme le préparateur physique Lapo Becherini, qui lors d'un match serré à Madrid lui a dit de "fermer sa gueule" quand il a commencé à râler. Fils a répliqué, Becherini a répété l'ordre, et Fils a gagné. "Quand quelque chose ne va pas sur le court, ils me parlent franchement", dit-il. Son père, Jean-Philippe - ancien basketteur haïtien ayant émigré en France à 10 ans - est le noyau de son système de soutien, lui inculquant une "mentalité différente" qui n'est "pas une mentalité française". Le jeune Fils s'est entraîné sur un court délabré dans l'Essonne, au sud de Paris, qu'il décrit comme "une honte" mais à qui il attribue sa ténacité. Désormais classé n°5 à la Race ATP après un retour qui lui a valu ses deux premières demi-finales en Masters 1000 (Miami et Madrid) et un titre ATP 500 à Barcelone, Fils a remanié son jeu : geste de service plus long, coup droit plus court, meilleur glissement, et perte de poids significative pour protéger son dos. Il n'hésite pas non plus à tacler les critiques acerbes comme Simon Dutin, qui l'avait critiqué avant Barcelone. "J'étais très heureux de gagner le titre pour lui montrer qu'il avait complètement tort", dit Fils. Alors que Roland-Garros commence ce week-end, il est le dernier espoir français de mettre fin à une disette de titres du Grand Chelem en simple qui remonte à la victoire de Yannick Noah en 1983 à Roland-Garros - le dernier par un Français ou un homme noir. Son plan ? Continuer à faire du bruit sur le court pour noyer tout le reste.