Deux trains sont entrés en collision en Espagne juste au sud de Madrid mercredi matin, parce que, visiblement, l'univers a jeté un œil au réseau ferroviaire espagnol et s'est dit : « Tu sais quoi ? On remet ça. » Au moins 68 personnes sont confirmées mortes après qu'un train Renfe et un train Iryo — ce dernier assurant la liaison Madrid-Séville — se sont percutés entre les communes de Mora et Orgaz, à environ 140 km (100 miles) au sud de Madrid, juste après 09h00 heure locale (08h00 GMT).

Voici la poésie mécanique de la chose : un train à grande vitesse venant de Madrid vers le sud du pays a percuté un autre train apparemment à l'arrêt. La collision a fait chuter au moins deux voitures en bas d'un talus. La chaîne RTVE, citant le ministère des Transports, a indiqué qu'un train Renfe avait percuté par l'arrière un train Iryo. Renfe est la compagnie ferroviaire nationale espagnole, détenue par l'État ; Iryo est un opérateur privé à grande vitesse. L'un est public, l'autre privé, et tous deux partagent apparemment la même incapacité à ne pas occuper le même espace au même moment.

Toute circulation ferroviaire sur la ligne a été interrompue dans les gares situées le long du trajet, a annoncé Adif. Renfe a précisé que les services entre Madrid, Ciudad Real et l'Andalousie restaient suspendus. Un passager à bord de l'un des trains a déclaré aux médias locaux qu'il y avait eu un fort impact environ 40 minutes après le départ. Iryo a affirmé que son train avait été « percuté par l'arrière » par un train Renfe « pour des causes encore inconnues ». C'est une façon de le dire.

Le ministre des Transports, Oscar Puente, a déclaré qu'une panne informatique avait provoqué l'arrêt initial de six trains en mouvement, dont les deux qui sont ensuite entrés en collision. « En cas de défaillance du système, le centre de contrôle prend le relais », a-t-il dit, ajoutant que c'était le centre de contrôle qui avait décidé d'autoriser les trains à repartir, sans aucune restriction de vitesse. Cette décision, selon Puente, a été prise « dans des circonstances inexplicables ». « Circonstances inexplicables » est une expression qui, à coup sûr, réconfortera les familles. Les enregistrements audio entre les contrôleurs de Madrid et les conducteurs semblent montrer qu'un train à grande vitesse a reçu l'autorisation de repartir alors qu'un autre, plus loin devant, était immobilisé — un détail qui suggère que le système relevait moins du « train à grande vitesse » que du « devinage à grande vitesse ».

Plus de 500 personnes se trouvaient à bord des deux trains. Esther Padilla, porte-parole du gouvernement de la région de Castille-La Manche, a déclaré à TVE que le train géré par Iryo transportait 146 passagers plus un bébé, tandis que le train géré par Renfe comptait 397 passagers à bord. Une ancienne ministre du gouvernement figure parmi les personnes portées disparues. La Confédération espagnole des organisations d'entreprises (CEOE) a publié sur X que Fátima Báñez — qui dirige la fondation de l'organisation — se trouvait à bord de l'un des trains impliqués dans la collision. Quatre-vingts personnes sont soignées pour des blessures, selon les autorités espagnoles, dont 50 seraient dans un état grave et 15 autres dans un état critique.

Le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez a déclaré que « toute l'Espagne est en deuil » et que « des vies ont été brisées, des familles ont été déchirées ». « La douleur est immense », a-t-il dit lors d'une visite sur les lieux de l'accident. Le gouvernement « tente de déterminer quelle a été l'origine de cette tragédie, de ce terrible accident », a-t-il ajouté. « Nous irons jusqu'au bout, et s'il y a eu une quelconque négligence, elle sera mise au jour. S'il y a eu des défaillances dans le système de sécurité, elles seront traitées avec la plus grande fermeté. » Sánchez et d'autres responsables politiques espagnols ont annulé tous leurs engagements publics mercredi, y compris la campagne pour les élections législatives du mois prochain. Trois jours de deuil officiel ont commencé jeudi.

La famille royale espagnole a publié sur X qu'elle était « choquée et préoccupée » et a exprimé ses condoléances aux proches des défunts et aux personnes touchées par l'accident. Un porte-parole de l'UE a déclaré que le bloc était prêt à aider l'Espagne si nécessaire. Une immense opération de secours était en cours, avec des équipes de pompiers et des hélicoptères sur place. Les hôpitaux de la région ont suspendu les opérations chirurgicales programmées pour faire face à l'afflux de patients.