Dans un geste qui n'a surpris personne qui suivait l'actualité, les législateurs français ont réussi à introduire, presque adopter, puis discrètement ranger un projet de loi qui aurait fait de la critique d'Israël une infraction pénale. Le projet de loi, présenté en 2024 par la députée Caroline Yadan, visait officiellement à lutter contre l'antisémitisme. Mais comme c'est souvent le cas lorsque les politiciens enveloppent la censure dans le drapeau de la lutte contre la haine, la cible réelle s'est avérée être quiconque ose dire quoi que ce soit de peu flatteur sur Israël.

Le projet de loi proposait d'élargir l'infraction existante de « glorification du terrorisme » pour inclure « l'incitation indirecte » – un concept si vague que même l'ancien juge d'instruction antiterroriste Marc Trévidic a averti qu'il conduirait à « l'arbitraire total ». Il créait également une nouvelle infraction pour « incitation à la destruction ou au déni d'un État », ce qui rendrait commodément illégal de remettre en question l'existence d'Israël tout en laissant l'histoire coloniale de la France commodément intacte. Une pétition contre le projet de loi a recueilli un record de 700 000 signatures, cinq rapporteurs de l'ONU ont exprimé leurs inquiétudes, et la Ligue des droits de l'homme l'a qualifié de tentative de « protéger l'État d'Israël des critiques ». Le gouvernement, sentant le vent politique, a retiré le projet de loi à la onzième heure.

Mais la mort du projet de loi n'a pas mis fin à la répression. Depuis octobre 2023, les procureurs s'en prennent à tout le monde, des influenceurs aux athlètes en passant par les militants syndicaux pour « glorification du terrorisme ». Le média Orient XXI a noté que si certains des poursuivis avaient décrit les attaques du 7 octobre comme des actes de résistance, « peu ont explicitement glorifié les massacres ou se sont réjouis de la mort de civils israéliens ». Des personnalités de haut niveau comme l'universitaire François Burgat ont été inculpées avant d'être acquittées. La députée franco-palestinienne Rima Hassan de La France Insoumise a été arrêtée le mois dernier pour un post X citant un terroriste japonais de 1972, puis soumise à une campagne de fuites qui prétendait faussement que des drogues de synthèse avaient été trouvées dans ses affaires. L'enquête sur la drogue a été abandonnée, mais seulement après des jours de couverture négative. Le Parisien a ensuite admis avoir tiré trop vite, mais à ce moment-là, les dégâts étaient faits. Pendant ce temps, la police a violemment réprimé des étudiants universitaires protestant contre le projet de loi, attirant les condamnations de la Fédération internationale des droits de l'homme et de l'Organisation mondiale contre la torture.

Le Premier ministre Sébastien Lecornu, dans un discours qui semblait passer à côté du sujet, a soutenu que l'antisionisme était devenu « le masque d'un vieil antisémitisme ». Le projet de loi Yadan est mort, mais son esprit perdure dans un effort plus large pour assimiler la critique d'Israël à l'antisémitisme et réduire l'espace pour le discours pro-palestinien. Comme le dit l'écrivaine et militante Rokhaya Diallo, la réponse disproportionnée à l'activisme pro-palestinien soulève des questions sur les longueurs déployées pour restreindre une forme d'expression essentielle dans une démocratie. Ou, comme le dirait quiconque a signé cette pétition : on vous l'avait bien dit.