Un tribunal sri-lankais a condamné 15 hommes pour leur rôle dans les attentats de Pâques de 2019 qui ont tué 267 personnes, infligeant à chacun une peine d'au moins 200 ans - une durée qui, dans un rare moment de réalisme judiciaire, garantit qu'ils mourront effectivement derrière les barreaux.

Les attaques du 21 avril ont visé trois églises et trois hôtels pendant les services et célébrations de Pâques, blessant près de 600 personnes. Inspirés par le groupe État islamique (EI), les attentats figurent parmi les plus meurtriers de l'histoire du Sri Lanka, ce qui n'est pas peu dire pour un pays qui a connu sa part de tragédies.

Le verdict est tombé mardi d'un panel de trois juges de la haute cour après un procès qui a traîné pendant près de cinq ans, mené sous haute sécurité avec des centaines de policiers déployés autour du tribunal - vraisemblablement pour s'assurer que les seules explosions ce jour-là soient procédurales.

Les juges ont également ordonné la confiscation des biens des accusés. Tous les 15 sont issus de la communauté musulmane minoritaire du Sri Lanka, un détail qui ne manquera pas d'être relevé par ceux qui tiennent le compte des tensions sectaires.

En 2021, les autorités ont déposé pas moins de 23 270 chefs d'accusation contre 25 suspects accusés d'avoir planifié ou inspiré les attaques. Les charges comprenaient meurtre, complot terroriste, et infractions liées aux armes à feu et explosifs en vertu de la loi sur la prévention du terrorisme. Aucun de ceux qui sont présumés avoir directement participé aux attentats n'est en vie, ce qui simplifie les choses pour tout le monde sauf pour les procureurs.

Deux groupes militants islamistes basés au Sri Lanka ont été accusés d'avoir perpétré les attaques.

Dans la salle d'audience, les accusés semblaient remarquablement détendus, bavardant et riant pendant les pauses. Ils ont demandé - et obtenu - une pause prière lors de la longue lecture du jugement, car même au milieu d'une condamnation de plusieurs siècles, il faut honorer ses obligations spirituelles.

Neuf accusés ont été libérés après que le tribunal a jugé les charges non prouvées. Un autre est décédé avant le procès. Les libérés ont étreint en larmes les autres lorsqu'ils ont été séparés des condamnés, qui ont ensuite été invités à plaider pour des peines clémentes - une requête qui s'est vraisemblablement déroulée comme prévu.

Au total, cinq accusés ont reçu 200 ans chacun, cinq ont écopé de 220 ans, quatre ont été condamnés à 240 ans, et un chanceux a obtenu 260 ans, le tout en fonction de leur implication dans la conspiration et l'aide aux attaques.

« Ce que j'ai fait ou n'ai pas fait, seuls Dieu et moi le savons », a déclaré Mohamed Ibrahim Saadiq Abdulla, condamné à 240 ans de travaux forcés. « À la fin, tous les gens ressusciteront et Dieu jugera tout le monde. » Une déclaration qui, vu la peine, pourrait bien être la litote du siècle.

Pour calculer les peines, le tribunal a pris en compte les sept explosions : trois dans des églises, trois dans des hôtels touristiques, et une dans un motel où un assaillant s'est tué ainsi que deux autres après avoir abandonné son projet d'attaquer un quatrième hôtel.

Haripriya Jayasundara, qui a mené l'accusation, a réclamé des peines encore plus longues, arguant que les accusés faisaient partie d'une attaque bien planifiée visant à tuer des fidèles chrétiens et des touristes. L'accusation a été renforcée par un enregistrement vidéo laissé par l'un des kamikazes, filmé la veille des attaques, montrant les assaillants le visage couvert, armés de fusils et d'épées, prêtant allégeance au chef de l'EI de l'époque, Abou Bakr al-Baghdadi, et jurant de faire du Sri Lanka une nation islamique.

L'Église catholique du Sri Lanka a affirmé, sans fournir de preuves, que ceux identifiés comme auteurs ne sont pas les cerveaux et qu'une conspiration plus vaste se cache derrière les attaques - une théorie qui, si elle est vraie, ferait de tout ce procès un échauffement plutôt coûteux.

Une commission parlementaire a conclu que la police et les services de renseignement n'ont pas agi sur les avertissements répétés des attaques. En juillet, un ancien chef de la police et un ancien haut responsable du ministère de la Défense ont été condamnés à mort pour ne pas avoir agi rapidement sur des avertissements de renseignement étrangers.

Le Sri Lanka n'a pas exécuté de condamnation à mort depuis 1976.