La France, comme tout passionné d’auto avec une mémoire fonctionnelle vous le dira, a toujours été une nation de contradictions en matière de voitures. D’un côté, elle nous a donné l’humble 2CV. De l’autre, elle produit parfois quelque chose de si follement ambitieux, si complètement décalé par rapport aux attentes, qu’on est obligé de s’arrêter et de demander : « Attendez… qui a approuvé ça ? » C’est, après tout, le pays qui a vu naître Bugatti – une marque qui, des décennies plus tard, allait réécrire les lois de la physique avec la Bugatti Veyron, puis doubler la mise tranquillement avec la Bugatti Chiron. C’est aussi le foyer d’Alpine, qui a discrètement construit certaines des voitures de pilotage les plus engageantes de l’ère moderne. Mais pour chaque success story Bugatti ou Alpine, il existe une douzaine de machines obscures, presque mythiques, qui ont brièvement scintillé avant de disparaître dans l’ombre. Et peu sont aussi fascinantes – ou glorieusement alambiquées – que la Mega Monte Carlo GTB.
L’histoire commence à la fin des années 1980, lorsque l’entrepreneur Fulvio Ballabio fonde Monte Carlo Automobile avec l’objectif de créer une supercar basée à Monaco capable de rivaliser avec les exotiques italiennes et allemandes. La première version, la MCA Centenaire, a été développée pour commémorer le centenaire de l’Automobile Club de Monaco. Les premiers plans incluaient un moteur V12 d’origine Lamborghini, mais une demande limitée et des difficultés financières ont empêché le projet de prendre son envol. Le projet a subi de multiples transformations : la MCA Centenaire (fin des années 1980 – début des années 1990) en tant que supercar de luxe monégasque, la MIG M100 (1993) en tant que machine axée sur l’endurance destinée aux 24 Heures du Mans, et enfin la Mega Monte Carlo GTB (milieu des années 1990) en tant que version routière après l’acquisition par la société française Mega. La M100 axée sur Le Mans était équipée d’un V12 3,5 litres biturbo conçu par le spécialiste moteur Carlo Chiti. Malgré des spécifications prometteuses, des problèmes de développement ont empêché la voiture de se qualifier pour Le Mans.
Après l’acquisition du projet par Mega – une société mieux connue pour ses véhicules utilitaires – la voiture a subi une refonte significative. Un V12 Mercedes-Benz atmosphérique a été monté en position centrale arrière. Ce qui rendait la Mega Monte Carlo particulièrement impressionnante, c’était son ingénierie : une construction en carbone cuite en autoclave, une structure hybride utilisant des sous-châssis en acier et des renforts en aluminium, une suspension à doubles triangles entièrement indépendante, et un design léger axé sur les performances et la tenue de route. Au début des années 1990, une telle technologie était rare en dehors de la course et des voitures exotiques comme la Jaguar XJR-15. La Mega Monte Carlo GTB prête pour la production a fait ses débuts au Salon de l’automobile de Genève 1996 avec tous les ingrédients d’une supercar de classe mondiale. Pourtant, malgré ses références, la production est restée extrêmement limitée. Seulement une poignée de voitures auraient été construites avant que le projet ne s’éteigne discrètement vers 1999.
La voiture n’était pas condamnée par un seul défaut. Au contraire, sa chute résulte d’une combinaison de facteurs : manque de reconnaissance de la marque sur le marché des supercars, difficulté à concurrencer les constructeurs italiens établis, et le projet n’a jamais trouvé de mission claire – essayant tour à tour d’être un vaisseau amiral de luxe monégasque, un pilote du Mans, et une supercar exotique française. Aujourd’hui, la Mega Monte Carlo GTB est largement oubliée, peu d’enthousiastes sachant même qu’elle a existé. Cependant, elle mérite d’être reconnue comme une pionnière de la construction en fibre de carbone et une fascinante histoire de « et si » dans l’histoire automobile. L’attrait de la voiture ne réside pas dans son succès mais dans son potentiel inexploité – une supercar audacieuse et technologiquement avancée qui est passée terriblement près de la grandeur avant de sombrer dans l’oubli.